MES GUITARES par Jubaea

 

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1974 EPIPHONE EA-250

 

   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Lorsqu'on regarde attentivement la pochette du single "Supersonic" d'Oasis, on remarque que la guitare que joue Noel Gallagher est une Epiphone EA-250

 

 

 

 

 

Ci-dessus, sur scène en 1987, Robert Smith de The Cure a souvent utilisé une Epiphone EA-250.

 

 

 

 

 

 

Un extrait du catalogue Epiphone de 1974.

 

Musikhaus Thomann Linkpartner

 

 

 

 

 

 

 

UN PEU D'HISTOIRE :

L'Epiphone EA-250 n'est pas une guitare historique de la marque Epiphone, elle n'en porte simplement que le nom.    Cette guitare fait partie de la première vague des Epiphone Japonaises qui furent importées au début des 70's, lorsque Gibson y délocalisa Epiphone pour raison économique.

 

En fait, cette guitare est née aux alentours de l'année 1969, dans l'usine Japonaise Aria située à Matsumoku, sous le nom Aria 5102T, et se voulait être une "copie" de la Gibson ES-335.

 

En 1970, lorsque Epiphone délocalise sa production en Asie, c'est à l'usine de Matsumoku, qui produit les guitares Aria, qu'est confiée la tâche de produire la nouvelle gamme Epiphone.    Aussi surprenant que cela puisse paraître, un accord est conclu entre Matsumoku et Epiphone pour, non pas produire un modèle de la dernière gamme Epiphone, ni même un nouveau modèle original, mais tout simplement pour apposer le logo Epiphone sur un modèle déjà fabriqué par Matsumoku, la Aria 5102T ci-dessus.    C'est ainsi que l'Epiphone 5102T voit le jour.

 

En 1972, pour accompagner le début de regain d'intérêt pour Epiphone dans le coeur du public, Gibson va renommer la gamme des guitares Epiphone avec des noms à la consonance un peu plus «Gibsonienne».    Ainsi, l'Epiphone 5102T est débaptisée et devient l'Epiphone EA-250.

 

L'Epiphone EA-250 n'a jamais été proposée qu'en la seule finition "Cherry Red", qui était cela dit en passant, la couleur fétiche d'Epiphone, la firme Aria s'étant réservé les finitions Sunburst, Green et Red pour ses propres modèles Aria 5102T.    L'Epiphone EA-250 était proposée avec un cordier qui pouvait être, soit un cordier Frequensator, soit un cordier Trapèze, soit un vibrato copié sur le modèle Bigsby.

 

En 1976, un modèle luxe va être produit, l'Epiphone EA-255, équipée de micros Humbuckers, comme l'Aria 5102G donc, d'un cordier Frequensator et d'une finition naturelle avec accastillage doré.    Une très belle guitare.    On la trouve parfois même baptisée Epiphone EA-255 Casino, probablement parce qu'elle ressemblait un peu à ce modèle, à moins que ce soit pour profiter de la notoriété mondiale acquise par cette guitare dont la fabrication avait été stoppée à la fin des 60s.

 

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MON AVIS :

Cette Epiphone EA-250 était la guitare d'une amie qui ne l'utilisait plus depuis des années.    Elle voulait s'en séparer sans le vouloir vraiment, alors elle m'a proposé de me la vendre.    Vu son état de conservation, je la lui ai achetée.

 

Je sais que cette Epiphone n'a pas une grande valeur au rayon du vintage, mais elle n'en fait pas moins partie de l'histoire tumultueuse d'Epiphone.    De plus, j'ai un véritable faible pour les Epiphone Archtops Thinline, même si, dans la lignée de ce type de guitare Epiphone, l’EA-250 tient le rôle du vilain petit canard.    On en trouve régulièrement sur le site Ebay, et j'ai assisté à la vente de dizaines d'exemplaires.    C'est, pour moi, la meilleure façon de se faire une idée assez fiable de la cote d'un instrument.     Le prix auquel je l'ai vu se vendre varie entre 50€ et 350€ suivant l'état.    J'estime pour ma part, et en connaissance de cause, que ceux qui s'en sépare pour 50€ se font copieusement avoir, c'est à peine le prix d'une sangle et d'un jeu de cordes neuves.    Enfin, j'ai acquis la certitude que la mauvaise réputation de cette guitare tient essentiellement dans le fait qu'il s'agit de la première Hollow Body produite en Asie pour Epiphone, ainsi que de sa conception à manche vissé.    Ces 2 points ont été à l'époque la cause d'une immense déception.

 

Commençons par l'aspect extérieur de la guitare.    Comme on peut le voir sur la photo ci-dessus, cette Epiphone EA-250, aujourd'hui en ma possession et à l'heure ou j'écris ces lignes, a plus de 40 ans, mais son état est presque impeccable, car il faut avouer que celle-ci n'est pas souvent sorti de son étui depuis sa fabrication.    Je dis presque, uniquement parce qu'elle a reçu quelques petits coups sur le vernis, mais rien de méchant.    Hormis cela, il est très rare d'en trouver une en pareille condition de conservation, et surtout, en état d'origine.     En effet, la plupart des Epiphone EA-250 que l'on trouve sur Internet, sur les sites de VPC ou d'enchères, ont été modifiées.    Soit les micros ont été changés, soit une ou plusieurs pièces d'accastillages ne sont plus d'origines... et presque systématiquement, la barre du vibrato est manquante.    Rien de tout cela sur la mienne, aucune pièce n'a été ni perdue ni changée.

 

Dater avec précision cette guitare m'a été impossible, car en effet, entre 1970 et 1980, personne chez Epiphone USA n'a pensé mettre en place un archivage des numéros de séries pour les instruments fabriqués au Japon.

 

L'Epiphone EA-250 est assez légère, environ 3kg300, ou moins suivant l'accastillage.    C'est une guitare Hollow-Body à double Pan coupés avec un renfort sous le chevalet.    Une des particularités qui ont donné à cette guitare sa réputation de guitare bas de gamme est le raccord du manche au corps, vissé et non collé comme c'était la coutume chez Epiphone jusqu'en 69.    Mais après tout, pourquoi pas ?    Des guitares réputées, comme les Fender Stratocaster ou Telecaster ont bien la même particularité.    Cela donne à cette Epiphone EA-250 un caractère sonore qui lui est propre.    En utilisation acoustique, le son est agréable, profond et bien équilibré entre grave et aigu, témoignage, s'il en faut, d'une conception réussie.

 

La lutherie est bien finie.    L'ensemble du corps est en Érable laminé, la table et le fond sont légèrement bombés, avec un bémol pour l'assemblage par collage des jonctions table/fond/éclisses qui est sans contre éclisses.    Les différents filets sont réussi, 3 filets noirs sur fond blanc crème ceinturent la table, un filet noir sur fond blanc crème ceinture le manche, alors qu'un filet blanc crème simple ceinture les ouïes en ƒ, le dos et la tête.    La découpe et la finition des ouïes est impeccable.    La finition Cherry Red est parfaitement appliquée, légèrement translucide, elle laisse apercevoir les veines du bois.    Elle est recouverte d'une très fine couche de vernis polyuréthane, si fine que la patine du temps pourait laisser penser qu'il s'agit d'un vernis Nitrocellulosique.

 

Le manche, fait de trois pièces d'Érable, comporte une touche en Palissandre ornée d'inserts nacrés rectangles.    Il est fin en épaisseur, avec un Radius de 7,25" et une action extrêmement basse sans la moindre frise, donc facile à jouer.    Le sillet de tête mesure 40 mm, c'est 1 mm de moins que celui de mes Epiphone Casino, alors attention les gros doigts.    L'accès aux aigus est un peu moyen, du fait de la présence de ce gros talon sur lequel est vissé le manche, mais comme toujours sur ce type de guitare, cela n'est pas très gênant puisqu'elle n'est pas vraiment faite pour cela.    La tête est du type "dovewing" dit «Aile de Colombe».

 

Le chevalet est du type flottant Adjusto-matic non "Pinned", et ma guitare est équipée d'un vibrato type Bigsby.    Comme je le disais un peu plus haut sur cette page, j'ai la chance que ma guitare possède toujours sa barre de vibrato, ce qui est très rare.    Dans les rares forums où il est question de cette Epiphone EA-250, souvent, les possesseurs de cette guitare recherchent désespérément une barre d'occasion, et, confrontés à l'impossibilité de trouver cette pièce, envisagent le remplacement de l'ensemble du vibrato.    La dépose, à l'époque, de cette fameuse barre de vibrato par les premiers propriétaires de cette guitare, ne me parait pas très surprenante.    En effet, les mécaniques utilisées sur l'Epiphone EA-250 ne sont pas d'une grande fiabilité.    Rangées en 2 x 3 sur une barre métallique, ce sont des mécaniques assez cheap, alors avec l'adjonction d'un vibrato de ce genre, maintenir longtemps un accordage correct s'avère une opération délicate.    La solution consistait donc à retirer le ressort du vibrato et sa barre de commande pour le transformer en simple cordier.

 

Les micros sont ceux de la Aria 5102T, de petits double bobinage ayant un faible niveau de sortie que j'ai mesuré à 4.58Ω pour le micro neck et 4.71Ω pour le micro chevalet, et comportant 6 plots fixes et 6 vis.    Comparativement à un "vrai" Humbucker, ces vis ne sont pas réellement des plots réglables.    Elles sont là plus pour faire illusion et ne servent finalement qu'à maintenir le capot plastique en place.    N'oublions pas que dans les années 70', la mode Asiatique était à la copie de ce qui se faisait aux USA...    ...et parfois, à la copie factice.    Ces vis donc, sont vissées dans la plaque métallique située au fond du micro qui supporte les bobines.    Il n'y a donc qu'un bon millimètre de filetage engagé dans l'épaisseur de cette plaque métallique.    Si on veut visser une vis pour la descendre, la tête de vis force sur le capot plastique qui risque fort de casser, et à l'inverse, si on souhaite la dévisser, la vis risque de se désengager et de tomber.    Ces micros ont été édités dans un premier temps avec un capot métallique, puis ensuite ont reçu un capot en plastique noir.    Avec quelques effets, on tire de cette guitare des sonorités très «Rock Bristish» des 60's, et j'obtiens avec le micro chevalet un son fabuleux en poussant le drive de ma Tube Screamer.    Hélas, Hollow-body oblige, dans cette configuration, le niveau sonore doit être mesuré, sinon, plus on joue fort, plus la guitare provoque des larsens difficilement contrôlables, pour devenir intolérables.    Le micro manche, seul, délivre un son bien chaud et velouté.

 

Pour terminer, le câblage est constitué de quatre potentiomètres, un volume et un tonalité pour chaque micro, le tout commandé par un sélecteur à trois positions situé sur la corne inférieure.    Cet emplacement n'est pas très pratique à mon goût, mais c'est avant tout une question d'habitude.    Globalement, cette électronique n'est pas terrible, et c'est, à mon avis concernant cette guitare, la première conséquence néfaste de la délocalisation au Japon, économie économie...    Le câble utilisé pour l'électronique me semble bon, mais les potentiomètres crachouillent, comme le sélecteur de micro, tout cela mériterait d'être changé, même chose pour la prise femelle du Jack qui assure mal le maintien du cordon Jack 6.35.

 

Pour ce qui me concerne, j'ai fait le test d'enlever le vibrato de ma guitare et de le remplacer par un cordier Trapeze Epiphone.    Dans cette configuration, c'est vrai, la tenue de l'accordage est nettement améliorée.    Un remplacement des mécaniques par de bonnes mécaniques à bain d'huile serait un plus, je le sais bien, mais cette opération retirerait aussi à ma guitare son état d'origine.    (Ne me contactez pas pour me demander si je vends la barre du vibrato de ma Epiphone EA-250, vous imaginez bien que c'est peine perdue d'avance...).

 

Voilà.    En résumé, l'Epiphone EA-250 est une guitare très correcte de fabrication, pas du haut de gamme bien entendu, moyennement polyvalente de part sa conception, mais très attachante.    Sincèrement, elle est bien mieux finie qu'une Epiphone Casino Standard Chinoise du milieu des années 2000, alors qu'issue d'une fabrication Japonaise dite «de la mauvaise époque», et si l'on excepte les faiblesses de l'électronique, je n'y trouve personnellement rien à redire.    Cette guitare n'est pas fantastique, mais elle sonne bien, je la trouve belle, confortable et agréable à jouer, et lorsqu'on n'est pas contraint de vendre ses anciennes guitares pour en acheter de nouvelles (ce que l'on regrette toujours un jour ou l'autre d'avoir fait...), avoir dans sa collection ce petit morceau de l'histoire d'Epiphone reste pour moi un must.